Final Fantasy IX et le thème de la Mort

Partagez

Akikaze
Gamer
Gamer

Masculin Nombre de messages : 200
Age : 27
Jeu(x) du moment : Makai Kingdom
Date d'inscription : 09/02/2007

Final Fantasy IX et le thème de la Mort

Message par Akikaze le Sam 22 Mar 2008 - 20:10

Dans le cadre de mon parcours d'étudiant en Arts plastiques (mémoire à rendre pour les Sciences de l'Art), j'ai apporté une réflexion sur le parallèle entre le thème de la mort dans Final Fantasy IX et l'ouvrage d'Edgar Morin L'Homme et la mort (éd. du Seuil, Paris IX, 1976) ; la mention d'Edvard Munch au début de l'extrait fait référence à l'étude que je fais de son chef-d'oeuvre Le Cri - appuyé sur son tableau Métabolisme - dans ce mémoire. Je pense que cet extrait de mon travail pourra forcer la réflexion des personnes réticentes à voir la pertinence du scénario de ce jeu incompris.
Vous me pardonnerez l'absence de détails dans la réflexion et, à l'opposé, la description excessive de passages bien connus des
gamers, mais le contexte dans lequel a été réalisé ce travail a obligé ces "défauts" (la notion d'Art dans le jeu vidéo étant généralement à prendre avec des pincettes)...
Bonne lecture à vous.


Pour Munch, les « forces puissantes » qui régissent la vie sur terre émanent des défunts, que ce soit pour la Nature (« la forêt ») ou l'homme en particulier (« la ville ») – qui s'appuie sur la Nature.

Cette théorie est métaphorisée dans Final Fantasy IX. Il y a tout d'abord le concept de la « Brume » : ce phénomène mystique est en effet observable sur toute la surface de Héra, le monde dans lequel se déroule l'aventure, et elle provient des âmes des morts ; à l'origine des monstres qui peuplent les contrées hostiles du monde, elle est aussi le carburant des machines humaines (les airships par exemple) et fait fonctionner les cités. Ensuite, Clayra, royaume enchanteur au peuple fondamentalement religieux, est bâti dans un arbre gigantesque, et le seul autre arbre de cette envergure est l'Ifa, que l'on nomme « l'Arbre de Vie » : c'est lui qui puise l'énergie des âmes des défunts et qui diffuse la « Brume » à travers le monde. Il faut remarquer que le corps du défunt va à la terre, et que l'arbre puise sa nourriture dans la terre ; le bois est, au final, l'un des plus courants – et probablement le plus ancien – des matériaux utilisés par l'homme pour bâtir sa maison, son outillage, sa cité.

Autre métaphore essentielle de Final Fantasy IX, le Cristal des origines renferme l'existence même du monde. Kuja, personnage arrogant et capricieux, se prend de folie lorsqu'il apprend qu'il a été créé par Garland, seigneur d'un monde siégeant dans les tréfonds de celui de Héra, afin d'annexer celui-ci ; considéré comme une sorte de pantin, Kuja voit son ego rejaillir et son individualité se revendiquer jusqu'au fanatisme ; le héros, Djidane, créé lui aussi par Garland et se révèlant ainsi le « frère » de Kuja, a été également pris de folie à cette révélation, rejetant alors tous ses amis et compagnons (qui réussiront tout de même à le ramener à la raison ; Kuja, lui, est seul et l'a toujours été, d'où la persistance de son état). Lorsque Djidane parvient à retrouver Kuja pour l'annéantir, il découvre que l'impétueux personnage est sur le point de détruire le Cristal des origines. En fait, le paroxysme de l'individualité de Kuja provoque un traumatisme de la mort déchirant ; son ego décadent est détruit de l'intérieur par le traumatisme, et cela se découvre lorsque Kuja entre en Transe [...] et décide de détruire le Cristal. S'il parvient à ses fins, le monde entier sera détruit : Kuja mourra, mais tout sera devenu néant et il n'y aura rien après Kuja, donc son individualité ne se perdra pas dans le temps et la vie qui coulera. [Note : cette possibilité de tout détruire flatte son ego, ce qui le "rassure" vis-à-vis de sa position face à la mort...] De surcroît, même lorsqu'il est défait par Djidane et ses compagnons, il tente d'entraîner ceux-ci dans sa mort. Pourtant, fait ultime, lorsque Djidane vient sauver l'individu défaillant dans l'Ifa (l'Arbre de Vie), il dit : « Je crois que je comprend ce que signifie la vie... » Le fait que le héros risque sa vie à venir le chercher lui dévoile le concept de l'entraide et du fondement mutuel (sans les autres, je ne suis rien), et ses désirs de destruction disparaissent lorsqu'il comprend que l'humilité (assumer l'égalité de son individualité au-devant des autres) permet d'envisager plus sereinement la mort.

Abordons au passage l'histoire des Mages noirs [...] : ces « poupées » créées par Kuja (grâce à la « Brume ») dans son entreprise de destruction lui obéissent au doigt et à l'oeil, car ne sont alors que des machines [...] ; pourtant, dans une profonde forêt se trouve un village bâti par certains de ces Mages noirs, où ceux-ci se cachent de leur créateur afin de n'être plus utilisés à des fins machiavéliques. En fait, ces Mages noirs, dans leurs agissements mécaniques, se sont « éveillés », comme le dit l'un d'eux : ils ont pris conscience d'eux-mêmes. Et cette conscience leur est venue lorsqu'ils ont compris l'individualité de leurs victimes, et la perte de celle-ci dans leur mort – mais surtout, elle s'est affirmée lorsque certains de ces Mages se sont « arrêtés » : inhumés, ils ont jeté sur leurs semblables conscients le voile de la peur, car ceux-ci ont compris qu'il s'arrêteraient aussi (qu'ils ne parleraient plus, qu'ils ne voieraient plus, se disent-ils) ; leur individualité naissante est le centre de leur réflexion et la mort est force omniprésente dans leur « vie ». Cependant, alors qu'ils ont pris conscience de la mort (et donc de la vie), presque tous ces Mages noirs sont retournés, sans enthousiasme certes, auprès de Kuja lorsque celui-ci leur a promis de retarder le moment de leur « arrêt » s'ils le servaient à nouveau...

    La date/heure actuelle est Lun 23 Jan 2017 - 1:21